Question de morale ?

Sur les chantiers, dans les cuisines des restos, dans les champs pour cueillir les fruits et légumes, dans les parcs publics à surveiller les enfants des autres… On trouve de nombreuses personnes qui n’ont pas de papiers en règle du point de vue de l’État. Elles bossent, galèrent, vivent. L’absence de papiers en règle les contraint à travailler dans des conditions plus dures et souvent pour moins cher. A être payés au black. A faire plus d’heures. A travailler sous une autre identité donc sans pouvoir bénéficier du chômage, de la retraite, pour lesquels elles cotisent. Et plus la répression augmente plus cela facilite cette surexploitation, au bénéfice des employeurs. Ces patrons de la restauration qui arnaquent les salariés, les paient au lance-pierre en oubliant notamment de compter toutes les heures travaillées. Les travailleurs du bâtiment, employés pour des missions de désamiantage sans matériel de protection adéquat. Et si t’es pas content on te menace. Écrase-toi si tu ne veux pas te faire dégager. Toi dont la présence est illégale. Exposé à la menace constante des rafles policières visant à remplir les centres de rétentions et atteindre les objectifs chiffrés toujours à la hausse.
Mais quand les politiques ou les journalistes parlent de l’immigration, ils racontent des fables, comme celles de La Fontaine. Selon l’orientation politique, on y trouvera au choix, le « bon » ou le « mauvais » sans-papiers. Ces fables se répondent dans un débat biaisé où des faits divers sont montés en épingle de parts et d’autres.

Ces fables servent à nous présenter les politiques répressives ou « humanistes » comme des réponses à des problèmes moraux. En réalité elles correspondent à des intérêts : ceux des employeurs.
Derrière l’histoire du mauvais sans-papiers à réprimer, il y a la volonté de maintenir dans une situation de galère les travailleurs, de les forcer à accepter des conditions de travail dégueulasses.
Celle du méritant, signifie sélectionner les travailleurs les plus qualifiés ou en voie de le devenir. Surtout, en opérant un tri, on légitime le discours sur le mauvais sans-papiers : s’il y a des méritants c’est que d’autres ne le sont pas. Enfin, on place les travailleurs immigrés dans une situation de dépendance. Ils ne sont pas considérés comme des adultes, on leur demande de se laisser gérer, d’être dociles, de ne surtout pas se constituer en lutte.
Mais quels intérêts les salariés peuvent-ils bien avoir à ce qu’une partie d’entre eux soit réprimée, sous-payée? Aucun.
Les employeurs nous mettent en concurrence pour une bonne raison. La même qui les fait opposer salariés du public et du privé, chômeurs et travailleurs, intérimaires et CDI, salariés de la sous-traitance et de l’entreprise « mère » : nous diviser c’est nous maîtriser.

L’histoire de notre classe, c’est dans le monde entier celle de l’exportation des pratiques de la lutte par les travailleurs poussés à s’exiler. Ainsi, la grève générale est arrivée aux états-unis dans les bagages des ouvriers venus d’Europe, il y a un siècle et demi.
Aujourd’hui comme hier, les travailleurs nouvellement arrivés ont beaucoup à nous apprendre, car ils sont nombreux à avoir une grande expérience de la lutte, dans leurs pays d’origine. Les travailleurs sans-papiers sont des centaines de milliers. Ils constituent une force considérable, que les possédants ne veulent surtout pas voir se déployer : ce sont des renforts et ils sont bienvenus.