L. postier en intérim dans la région de Montpellier

 

Le témoignage de L. facteur en intérim dans la région de Montpellier raisonne avec celui de S. publié précédemment [« ce que l’avenir vous promet… »]. Il nous raconte comment le taf et les tournées se sont organisés depuis le confinement et dans quelles conditions sanitaires, quelles stratégies ont été mise en place plus ou moins collectivement par les salariés pour se protéger, comment la direction a essayé de niquer les facteurs suite à une AG, mais aussi comment le groupe la poste poursuit sa logique lucrative en tirant bénéfice de la crise actuelle.

le 19/04/2020,

Au début de la première semaine de confinement, aucune information n’ayant été donnée aux salariés par la direction suite à la mise en confinement d’une partie de la population et aucune mesure n’ayant été prise pour assurer notre sécurité, et par ricochet, celle de nos familles et de nos « clients » (vocable de la poste pour parler des usagers). Alors que nous sommes plus de cent à trier nos tournées côte à côte avant de partir livrer (pas de masques, pas de gants, pas de gel hydro-alcoolique, pas de désinfection des locaux), nous avons cessé le travail et organisé une assemblée générale pour déjà avoir des informations de la part de la direction et voir ce qu’on pourrait faire par rapport à notre sécurité.

Pendant cette assemblée, la seule réponse de la direction a été de nous dire que « oui on n’avait aucun matériel de sécurité, mais qu’on devait quand même continuer à travailler au nom du caractère vital pour la nation de la distribution du courrier et de la continuité du service public ». Il est quand même bon de savoir que ce jour-ci une bonne partie du courrier était composée de pub pour Yves Rocher… et il est bon de savoir également que la poste n’est plus un service public comme nous le rappelle en temps normal régulièrement la direction, le but n’étant alors pas tant de distribuer le courrier, mais de faire de l’argent avec des ventes avec des colis, avec les recommandés ou avec les prestations.

Bref, suite à cette assemblée, à peu près 70% des facteurs a voté de faire jouer leur droit de retrait, les autres ayant décidé de ne pas sortir livrer. Bon, le temps que les syndicats impriment des droits de retrait type à remplir pour les facteurs, une grosse pression a été mise dans les différents secteurs par les chefs d’équipe notamment vis-à-vis du droit de retrait en arguant que la poste ne le reconnaîtrait pas et que donc les jours « chômés » ne seraient pas payés.

Au final beaucoup de facteurs n’ont pas posé de droit de retrait ce jour-là, mais très peu sont sortis en tournées. Petit épisode « rigolo » de la journée, la même direction qui nous disait d’aller bosser à plus de 100 dans un lieu confiné, a par contre refusé de siéger au C.H.S.C.T. en présentiel.

Le jour suivant une nouvelle assemblée générale s’est tenue, et face à la pression, la direction a annoncé qu’à partir du lendemain les tournées s’effectueraient un jour sur deux, la moitié des facteurs venant un jour l’autre moitié le jour d’après. Par contre grosse disquette pour les personnes en C.D.D. et en intérim soit une grosse partie des facteurs qui eux devraient venir tous les jours, sans quoi ils ne seraient pas payés… La direction nous annonça également que du matériel de protection serait disponible.

Le lendemain, nous n’avions toujours pas de masques, nous n’avions plus de gants à partir de 9h30, et le gel hydroalcoolique manquait pour beaucoup d’agents. Puis une heure après la prise du service nous apprenons que la direction nationale de la poste considérait comme inadmissible le fait que nous travaillions un jour sur deux. Rebelote on était repartis pour travailler tous les jours, tous ensembles et les miasmes pour tous…

Bref, suite à cette semaine on avait vraiment l’impression ou plutôt la certitude que la sécurité de ses employés et par extensions de ses « clients » était loin d’être la préoccupation principale de la poste. D’autant plus que la seule réponse qui nous a été donnée vis-à-vis de nos inquiétudes, outre le caractère vital pour la nation de notre travail, avait été de nous dire qu’à partir de la semaine prochaine il n’y aurait quasiment plus de courrier et que donc, on aurait des journées de travail cool…Ok d’accord, mais ce n’était pas vraiment ça le problème. En plus on pouvait donc légitimement se demander pourquoi la direction s’obstinait à nous faire venir, faisant fi d’à peu près toutes les préconisations des épidémiologistes, s’il n’y avait quasiment plus de courrier à livrer.

Puis personnellement, à partir de la fin de cette semaine je ne suis plus venu travailler jusqu’à mercredi dernier (15 avril).

Pendant les trois semaines où je ne suis pas venu, pas mal de trucs se sont passés. D’abord la direction nationale de la poste a décidé de ne faire travailler ses agents que trois jours par semaine.

On peut penser que cette décision a était prise sous la pression des salariées, parce que, à l’instar de ce qui a pu se passer à Montpellier, il y a eu pas mal de mouvements dans beaucoup de centres partout en France, beaucoup de facteurs pendant la première semaine de confinement ont refusé d’aller livrer, puis on fait jouer leur droit de retrait, certains se sont mis en arrêt maladie, ou bien d’autre ont subitement choisi que ça serait eux qui garderaient les enfants et non leurs conjoints ou conjointes.

Ainsi j’ai pu constater à Montpellier qu’à la fin de la première semaine de confinement quasiment la moitié des tournées n’était plus réalisées.

Autre événement intéressant concernant la poste et son rapport à la sécurité de ses employés :

Bref je suis donc revenu travailler ce mercredi et par rapport au moment où je suis parti pas mal de choses avaient changé, déjà beaucoup de collègues étaient revenus travailler, en gros dans le secteur où je travaille le plus régulièrement, au moment où je suis parti on était 7 à avoir arrêté le travail. Puis, quand je suis revenu seulement deux personnes n’étaient pas rentrées afin de continuer à garder leurs enfants.

De plus, la semaine dernière des masques chirurgicaux ont commencé à être distribués aux facteurs, un par jour.

En outre, avec le confinement qui se prolonge on assiste à une explosion de la distribution de colis divers et variés : vêtement, croquettes pour chien, matériel de sport, en gros on se croirait pendant la période de noël quand les facteurs spécialisés dans les colis (colissimo du coup) sont débordés et que les autres facteurs récupèrent dans leurs tournées des colis volumineux qu’ils ne distribuent pas en temps normal.

Enfin, j’ai l’impression que la combinaison de différents éléments, comme le passage à une semaine de travail de 3 jours, le retour au travail d’une partie du personnel pour des raisons économiques, la distribution de masques, ou encore le confinement qui n’en finit plus de s’éterniser, tout cela a fait que les collègues me paraissent bien plus résignés de leur sort qu’au début de la pandémie.

Même si ça les fait toujours chier de venir travailler dans des conditions difficiles pour distribuer des colis et des pubs même si pas mal de monde est encore bien véner contre la direction ou le gouvernement, je pense pas que de nouveaux arrêts de travail massifs sont à prévoir et ce malgré le fait que la direction nationale ait décidé à partir de la semaine prochaine de faire venir travailler les postiers un jour de plus.

Notamment, je pense pour des raisons économiques liées à la distribution des colis, en gros avec la pandémie la poste gagne des parts de marché par rapport à d’autres distributeurs qui ne travaillent plus ou alors moins, la poste est en train de se faire plein de tunes et compte bien continuer. D’ailleurs, Philippe Wahl, PDG du groupe la poste s’est félicité d’avoir battu des records en distribution de colis via les boites à lettres lors d’une interview à Europe 1. Il a également ajouté qu’il comptait bien continuer dans cette voie.

A suivre…