« Ce que l’avenir vous promet, La Poste vous l’apporte ». Entretien avec Sylvie, factrice dans la région toulousaine

Dans cette interview, nous retrouvons Sylvie, factrice depuis plusieurs années dans la région toulousaine. En une heure d’entretien, nous avons eu l’occasion de revenir sur le management à La Poste. On y comprend notamment la façon dont cette entreprise, emblématique d’un service public privatisé par pan depuis plusieurs dizaines d’années, jongle entre le devoir du service public et la flexibilité d’une entreprise privée, pour poursuivre l’exploitation des travailleurs à son profit, y compris dans le bordel d’une pandémie. Bonne lecture !

 Pour relire le pourquoi de ces interviews, c’est ICI !

Début

On voulait faire un point sur les conditions de travail sous la pandémie Covid, et revenir, plus globalement sur ton expérience du taf, sur les nombreux conflits auxquels t’as participé avant le Covid et comment avec cette question du Covid, toutes les caractéristiques de La Poste
managériale peuvent ressortir.

Quel est ton travail ?

Factrice. C’est-à-dire distribution du courrier. Et colis.

T’es sous quel type de contrat ?

J’ai un CDI droit privé.

Est-ce que tu peux nous raconter plus en détail ce que fait une factrice, au jour le jour ? Comment s’organise ta journée, quelles sont les missions que l’on te donne, avec quelles contraintes horaires, physiques, avec quel rapport à la hiérarchie ?

En France on est encore sur une distribution six jours sur sept. Le samedi c’est principalement à cause de la presse. Le matin, on arrive, ça commence par des travaux collectifs : du tri de
courriers, de colis, d’objets recommandés. Une fois que ça c’est fait, on part sur le travail de notre tournée proprement dit. On va préparer notre tournée, la trier. Après on part en distribution, et quand on revient, il y a la reddition des comptes. C’est-à-dire qu’on a pris des objets recommandés, des objets avec signature, éventuellement des services facteurs, comme aller voir des personnes âgées, ou d’autres prestations. Donc il y a une reddition avec du personnel qui s’occupe spécialement de ça, les cabinards. Et après, c’est terminé. Et depuis que l’inspection du travail peut mettre les pieds dans les bureaux de poste, on a des horaires précis. Et on doit attendre…

… Ça c’est depuis quand ?

C’est pas très vieux, ça fait deux ans, un truc comme ça. Le changement de statut, d’administration, de La Poste, en entreprise privée, s’est fait sur des décennies, avec des obligations quand même vis-à-vis de l’État.

Dans ton bureau, tu peux nous dire combien y a de personnes qui travaillent ? Comment est ce qu’il est constitué, au niveau du nombre de travailleurs, du nombre de cadres ? Est-ce que tu peux donner une petite description géographique des lieux dans lesquels tu travailles ?

Là où je suis, il y a à peu près 45 tournées. Avec les personnes qui sont sur la tournée, plus un volant de remplaçants, de facteurs avec un autre statut, pour superviser des équipes, ça doit faire à peu près 60-70 facteurs. Après t’as ce qu’on appelle l’arrière, c’est les gens qui travaillent plus avec les entreprises, qui vont emmener ou récolter du courrier avec elles, là il y a une dizaine de personnes. Après t’as les cabinards, qui vont gérer les objets recommandés et autres prestations, ils sont une petite dizaine. Sur un bureau comme ça, pour environ 45 tournées, il y a une petite centaine de personnes.
Pour ce qui est de l’encadrement, nous en ce moment on a trois encadrants de proximité ou chefs d’équipe. Une RH, un receveur ou directeur d’établissement et un second. Sachant que les
établissements peuvent aussi être réunis en plaques et que chez nous, le receveur dirige trois bureaux.

Quand tu parles de chef d’équipe, est ce qu’il travaille avec vous ?

Il fait partie des encadrants de proximité, ceux qui sont vraiment juste après les salariés, qui ont la plus sale position parce qu’en tant qu’encadrants, ils font tampon, ils ont la pression, ils n’arrêtent pas, ils sont là pour faire le suivi.

C’est plutôt d’anciens facteurs ou ils viennent directement de formation ?

Jusque là c’était souvent d’anciens facteurs, même pour les receveurs c’était ça, les gens gravissaient les échelons petit à petit. De plus en plus, on voit débarquer des gens qui sortent de l’école, qui n’ont pas fait de travail de terrain. Pour l’instant dans les chefs d’équipes, il y a encore quand même une bonne partie qui a été facteur avant, ou postier quoi.

Avant de parler du Covid, est ce que tu peux me donner l’ambiance dans ton bureau, parler des rapports entre les travailleurs, l’encadrement et la direction. Les luttes récentes auxquelles tu as participé ? Et de manière plus large, nous indiquer les conflits encore existants en France au sein de la Poste ?

Sur mon bureau, le dernier grand conflit, c’est le conflit à la Poste avant 2000. Après à la Poste il y a toujours des occasions de conflits. Tous les deux ans, il y a des réorganisations, ce qui sous-entend des nouvelles procédures, ce qui sous-entend surtout des suppressions de tournées donc plus de travail pour les gens qui restent.
Souvent, on fait passer les choses en mettant des intérimaires ou des CDD sur des nouvelles formes de tournées, comme ça ils ne disent rien et puis une fois que c’est installé, on espère que les CDI y passeront aussi. Donc tous les deux ans il y a des occasions de lutter mais c’est vrai que dans le bureau où je suis ça n’a rien donné. Le problème, c’est que ça s’enflamme assez facilement parce que c’est tendu et puis que ça se dégrade à vitesse grand V, mais après ça ne tient pas quoi, les
conflits ne tiennent pas, quand on voit ce que ça implique de tenir le truc, de tenir le conflit, de tenir la pression, ça tient pas. Surtout qu’en général il y a beaucoup d’intox et de pression de la part de la
direction. Et puis il y a de plus en plus d’emplois précaires, que ce soient des CDI intérim et des CDD, qui en ce moment, alors je sais pas si c’est départemental, si c’est l’Occitanie ou quoi, mais ça fait quelques temps qu’ils ne peuvent plus faire de CDD plus long qu’un mois.
Donc en ce moment, les CDD, au bout d’un mois ils ne savent pas ce qu’il va se passer. D’autant plus qu’en général on leur dit le dernier jour.
Voila…

Tu parlais des réorganisations[1], l’argument de la direction c’est…

C’est la baisse de trafic. De toutes façons le courrier, on sent bien qu’ils s’en foutent et que ça ne les intéresse plus. D’ailleurs, la mise en concurrence… Il n’y a pas d’entreprise qui se soit jetée là-dessus, ou elles n’ont pas tenu.
Ce qu’ils veulent clairement c’est virer le courrier, faire des services… Alors tous azimuts. Ils testent tout. Aussi bien la « silver economy » avec les personnes âgées, qui a l’air d’être une manne pour
eux. C’est aussi des prestations de service pour EDF, pour Orange, pour toutes les entreprises qui peuvent utiliser la Poste et son réseau. On est plus poussés à devenir des commerciaux qu’à être des facteurs.

Là, vous avez déjà la pression à la vente, au résultat, dans vos tournées ?

Alors la pression elle est mise. Depuis quelques années ils ont mis en place ce qu’ils appellent le « brief ». C’est-à-dire que tous les matins, on est appelés par équipes, avec un cadre, qui nous fait le
bilan des bons chiffres, des mauvais chiffres, des produits à pousser, sachant que nous normalement on ne peut pas être noté sur des résultats financiers… Mais bon… A chaque fois il y a des chantages… Ce qu’il se passe c’est que toutes les années on a un entretien avec une notation, qui peut avoir des implications en termes de mutation, et même financières. Et qu’à chaque fois, dans cet entretien, on nous met des objectifs, même si on les chiffre pas, on va appuyer sur la vente… Et
puis il y a des chantages, que si y a pas de vente, la note sera mauvaise. Ce qu’ils n’ont pas le droit de faire, mais bon voilà. Ils sont sans problème dans l’intox. Et puis tous les jours, il y a des challenges.

Vis-à-vis des précaires, est-ce que le chantage à la vente est plus fort ? Genre, si tu vends bien…

Ils assistent au brief. Moi, de ce que j’en vois, concrètement, pas vraiment.
Déjà c’est une question d’organisation, les chefs d’équipes n’arrivent pas à faire tout ce qu’on leur demande de faire. Il faudrait vraiment qu’ils fassent un suivi, donc ça va plus être comme ça s’ils ont le temps, si la tête du mec leur revient pas… J’imagine qu’en haut on leur demande de le faire, mais après voilà… Je pense que tous les précaires, enfin dans le bureau où je bosse, ils s’en foutent un peu, et ils ont raison !

Du coup ça donne des bonnes pré-conditions pour lutter ! Pour lutter ou pas mais en tout cas pour foutre un peu la merde.

Mmm. Après pour ce qui est des conflits, c’est vraiment inégal, ça va dépendre des bureaux. Sur Paris, il y a un bureau qui a tenu un an de grève, où ça n’arrête pas. Il y a des bureaux qui ont beaucoup bougé.
Souvent moi ce que je vois, sur les derniers petits conflits qui ont quand même réussi, c’est que ça fonctionne assez bien dans des petits bureaux, où ils sont 10-20, je pense que l’unité est plus facile à
créer.

Plutôt à la campagne ou même en ville ?

Les petits bureaux ça va plutôt être en campagne, oui. Après, bon, c’est des revendications… Surtout qu’ils peuvent se faire aider, même des maires, des usagers… Donc l’unité et plus facile à créer et le soutien aussi quoi.

Sous l’angle un peu du service public, du coup…

Voilà. C’est un peu ça le souci, c’est que ça reste toujours dans cette mentalité là. Avec tout ce que ça implique, que tu te fais avoir avec du chantage au service public.

C’était, si je ne me trompe pas, à la direction de la poste, qu’il y avait eu des occupations, à Paris, il n’y a pas si longtemps que ça ? C’était le bureau dont tu parles qui était venu envahir la poste[2], non ? À moins que ce soit une autre grosse boîte ?

Oui, j’ai plus souvenir, mais il y a eu ça. En fait il y a toujours un ou plusieurs conflits quelque part. Sur Paris ils ont l’air plus costauds. Après, la Poste va appeler les flics assez souvent, sans
hésiter. Ils viennent, sans problème, bien sûr.

Ils viennent quand il y a des prises de paroles, avant même la question de la pandémie ils étaient déjà intervenus ?

Sur des prises de parole, je sais pas, je peux pas t’assurer, mais sur des piquets, des choses comme ça, oui bien sûr, ou quand les grévistes essaient de rentrer des les locaux.

Là ça fait trois semaines maintenant qu’un confinement en France a été décrété, tu peux nous expliquer comment s’est fait le passage au confinement dans ton bureau, ce qui a changé, et éventuellement les conflits larvés qui ont pu exister ?

Avant le confinement… Bon ils sont à fond sur la com’, sur la sécurité, bien se dédouaner, pour que si jamais il arrive un accident ou quelque chose, ça va être notre faute. Donc tous les papiers sur les
gestes barrière, les rappels quotidiens, pas très compliqués à mettre en place, ils l’ont fait.
La première semaine, dans mon bureau, on a eu le droit à un petit tube de gel [hydroalcoolique].
J’ai demandé s’il y en avait d’autres, apparemment non. Donc ils avaient prévu un gel par personne, pour on ne sait pas combien de temps.
Bon, après il y a eu le confinement, et là, ça a été massif quand même dans à peu près tous les bureaux, les lundi et mardi, il y a eu des droits de retraits. Pas autant partout, plus ou moins. Dans mon bureau, il y en a eu pas mal le premier jour. Ce qui c’est passé, c’est que le lendemain, c’est toujours pareil, c’est un peu feu de paille les énervements, il y a beaucoup de gens qui sont revenus. Par contre sur mon bureau, il y a deux boîtes d’intérim. Quand les intérimaires ont appelé leurs boîtes, la première les a poussés à retourner au taf, la seconde boîte a dit OK, Elle leur a fichu la paix une semaine, donc finalement c’était eux qui étaient majoritairement en droit de retrait.
A la fin de la semaine elle a commencé à leur parler d’avocat etc, bref leur foutre la pression pour montrer que ça allait être compliqué quoi.  Donc il y a toujours quelques absences, parce qu’il y a des parents, il y a des gens qui se sont mis en arrêt maladie, comme dans pas mal de bureaux de poste. Et en droit de retrait, il y en a eu un comme ça, résiduel, mais là actuellement il n’y en a plus.

S’il y avait encore ce droit de retrait par exemple, est ce qu’il serait valable ? Dans le sens où, si la poste a pris ses dispositions…

Les dispositions… Alors les masques, il en est apparu le vendredi de la première semaine de confinement. On a un masque par jour. Des masques chirurgicaux. Le gel, il en est réapparu. Les premiers dataient de 2016, donc périmés. Il y a une toubib, je crois du CHSCT, qui a sorti qu’il
restait de l’alcool. Voilà. Y a eu quand même… du Mitosyl proposé comme désinfectant. C’est de la crème qu’on met sur les fesses des bébés pour les rougeurs. Voilà. Sur les masques, avant qu’il y en ait, le médecin du travail a expliqué que ça ne servait à rien. A un moment elle a même réussi  à dire qu’il n’y avait pas de contamination inter-humains. Dans une PIC [Plateforme industrielle du courrier] ils ont même sorti que les masques pouvaient être dangereux, on risquait l’hyper-ventilation ! Ils sont créatifs. Ils sont calqués sur le gouvernement. S’il n’y a pas de matos ils disent n’importe quoi. Et quand il arrive là il faut le porter, voilà.
Il n’y a pas de gants. Alors comme il n’y avait ni gants ni gel, on a demandé comment ça se passait dans les tournées. On nous a répondu qu’on pouvait aller se laver les mains dans les bureaux qui étaient ouverts, sachant qu’il y en a moins, éventuellement chez les clients, éventuellement dans les bureaux de tabac, enfin voilà. Certains bureaux ont un peu de matériel, certains ont toujours rien…
Dans les PIC… Moi je sais qu’ici ils n’ont rien.

Tu peux expliquer la PIC ?

C’est un grand centre de tri. Plateforme industrielle du courrier. Donc c’est l’usine, et c’est ce qui alimente les bureaux de poste du coin. Ce sont des équipes, des brigades qui ont plus un travail d’usine. Ils reçoivent le courrier et ils dispatchent sur la région. Donc eux ils n’ont rien.
Et pour les distances, pour garder les distances, c’est absolument impossible.
Alors il y a des bureaux, qui avec le rapport de force des facteurs, ont assez vite fait du un jour sur deux. C’est-à-dire qu’ils ont gardé 6 jours de distribution, les facteurs viennent un jour sur deux, et même à l’intérieur de ça en horaires décalées, c’est-à-dire qu’il y en a qui prennent plus tôt, d’autres plus tard, sachant qu’évidemment en ce moment, il y a beaucoup moins de courrier que d’habitude.
Bon dans mon bureau ils n’ont rien fait, ils ont finalement, très tard, essayé les horaires décalés, mais ça ne fonctionne pas forcément, parce que quand la seconde équipe arrive, la première est pas forcément partie.
Et après le 30 mars, il y a finalement eu un truc national, parce que quand même, tous ces droits de retrait, les arrêts, ça fait quand même beaucoup d’absences, ça a foutu la pression, y a quand même un rapport de force qui s’est fait. Alors le PDG de la Poste, il part sur un quart d’absences diverses, d’après Sud ça serait plutôt un tiers à la moitié. Qu’est-ce qui est vrai ? C’est un tiers. Que ça soit du retrait, des maladies ou des grévistes aussi.

Il y a du y avoir des non renouvellements de CDD non ?

Ça c’est encore autre chose. Pour finir, par rapport à ça, ils avaient déjà fermé, la première semaine, ça chauffait, ils avaient dit « personne ne travaille le samedi ». Bon ils l’ont joué, « c’est pour
récompenser, d’avoir bien travaillé, d’avoir été là, etc. ». Les discours comme ça, « on vous remercie pour votre dévouement », il y en a au taquet. Y a rien derrière, mais les discours ils les ont. Donc ils ont mis en place la distribution sur 3 jours. Ça n’a pas loupé, la presse, les maires, l’État, sont tombés sur la poste. Il y a quand même obligation de distribution, six jours sur sept. Donc la semaine prochaine, ils reviendraient là-dessus.

D’accord…

Et il y a une filière de la Poste qui ne fonctionnait plus.

Comment ça s’appelle ?

Médiapost. C’est de la publicité non adressée. Donc c’est des gens qui sont dans des conditions encore plus mauvaises que les postiers. Là ils étaient en chômage partiel. Donc il est prévu d’en rappeler 1200. Pour s’assurer, principalement que la distribution de la presse se fasse aussi, les lundis et mardis.
Alors dans un premier temps lundi ou mardi, et après les deux jours. Sur certains bureaux ils parlent de volontariat des facteurs. De toute façon, ça va être bricolé dans chaque bureau, comme ils pourront. Ce qu’on se demande, parce que j’ai un collègue en CDD dans un autre bureau. J’ai pas pu avoir de ses nouvelles, mais hier on lui a dit qu’ils étaient pas sûrs de lui renouveler son contrat. Donc moi je pense qu’ils vont être capables de virer des CDD pour rappeler quand même les mecs de Médiapost, qui ont une convention qui est moins bonne, à qui on demande parfois de prendre leur propre bagnole…

Et puis qui sont payés encore, enfin partiellement mais…

Oui ils sont quand même payés. Après quand il y a du volontariat demandé aux facteurs sur le lundi mardi ça sera payé aussi. Je pense qu’il y a quand même pas beaucoup de boulot. Trois jours payés 100%, je pense que ça leur passe mal quand même. Alors, rappeler des gens ?…ils parlent quand même d’allonger les tournées, donc ça peut encore changer. De toute façon, ils naviguent à vue, c’est clair. Ils n’ont rien anticipé, ils sont très mauvais. Les bons trucs qui ont été posés pendant toute cette période, c’est les facteurs qui les ont imposés.  

Comme quoi par exemple ?

Par exemple les horaires décalés, ça a été poussé par des facteurs. Aussi pour les lettres recommandées. Normalement une lettre recommandée je dois sonner chez la personne, essayer de la voir, la faire signer sur factéo sans rien pour nettoyer. Bon, il y a un contact. Bon, il y a eu des tas d’ordres et contre-ordres. Des facteurs ont dit « il n’y a pas de procédure, j’avise ». C’est-à-dire je laisse un avis en boîte comme quoi je suis passée et les gens peuvent aller le chercher. Et sur l’avis de passage je mets Covid comme motif. Bon, ils ont finalement trouvé un moyen pour que l’on n’entre pas en contact avec les personnes. Mais ça a été poussé. De toute façon tout a été arraché. Tout les trucs un peu intelligents qui ont été mis en place, ça a été arraché. Parce qu’ils n’ont rien prévu et si tout le monde s’était tû on aurait bossé sans protections, sans rien, et puis voilà. C’est clair et net. De toute façon ils sont sur la ligne du gouvernement, il faut que le boulot se fasse. Après il y a beaucoup de com’ sur notre protection, énormément, mais c’est du pipeau. Il y a surtout beaucoup d’intox sur le droit de retrait. Que l’on a pas le droit. Que ça n’existe pas à la poste. Qu’il fallait que ce soit validé par le directeur ou le CHSCT. Bon, des trucs aberrants.

 

Est-ce que, même si vous êtes passés sous régime d’entreprise privée, vous êtes encore réquisitionnables ?

 

Il y a encore des fonctionnaires, et la poste, justement, par rapport à la presse, a des obligations. La poste a 4 missions*. La distribution du courrier 6j/7, c’est une obligation. Le relevé des boîtes jaunes, j’ai vu des jours de relevage affichés, normalement c’est tous les jours. L’Etat n’est plus majoritaire depuis le mois dernier** , un deal avec la Caisse des Dépôts, mais il reste des obligations de service public. Et il y a encore des fonctionnaires qui peuvent être réquisitionnés.

D’ailleurs, Bruno Le Maire a foutu la pression. Je ne bossais pas ce jour-là, mais on a des téléphones fournis par la poste avec un logiciel sur lequel on a un compte et qui nous permet de bosser, on a eu droit à un message ou en gros il fallait aller bosser et qu’avec ce droit de retrait, il fallait faire très attention, que ce n’était pas vraiment justifié etc.

[*  service universel postal, contribution à l’aménagement du territoire, accessibilité bancaire et transport et distribution de la presse

** 16 mars, la part de l’État est passé de 73,68 à 34%]

Oui, c’est ça, ils expliquaient que si les dispositions étaient considérées comme prises par la boîte, le droit de retrait n’était pas justifié.

Oui mais la boîte elle dit qu’elle a tout mis en place, comme toujours. Après ce qui est dommage c’est que ça reste très …il y a une mentalité « service public » qui est bien ancrée et qu’il aurait dû être posé de fermer. De ne pas bosser quoi. Parce que ce n’est pas vital. Là aussi, c’est selon les bureaux. Certains ont dit « la pub, on ne distribue pas », ils ont imposé le truc. Et il y a d’autres bureaux, comme le mien où avec le confinement, on distribue de la pub.

Toi, en ce moment, comment tu taffes ?

Bon alors, je taffe pas beaucoup. Il se trouve que la première semaine j’étais en congés. Le lundi suivant, j’y suis allée en me disant je mange le truc et je note tout. Donc le mardi, j’étais en droit de retrait. C’est cette semaine que le mercredi personne ne bossait parce qu’ils mettaient des trucs en place. Le jeudi, je suis revenue pour constater que notre sécurité n’était toujours pas convenablement assurée et après, pas directement lié au Covid, mais là je suis en arrêt de travail. Après, je sais ce qui ce passe parce que je prends les infos.

Et comment ça se passe pour prendre des infos ? Est ce que depuis le confinement et ces nouvelles dispositions, il y a un renouveau des discussions entre facteurs, entre gens qui travaillent à la poste ? En tout cas autour des conditions de travail ? Ou c’est juste sur ton réseau ?

Moi c’est mon réseau. Après ça dépend des bureaux. Moi, il est pas représentatif. Il n’est pas très combatif. Quand j’y suis allée les deux jours…bon maintenant on a des masques, les distances, c’est plus compliqué pour parler. Les collègues avec qui je discute c’est plus sur réseaux. Et puis il y en a pas mal qui étaient assez….ben comme d’hab, il n’y a rien de particulier. Même les distances il y en a que ça fait rigoler. Y en a quelques-uns quand même que je sens un peu minés. Surtout des CDD, j’ai trouvé. Ce sont des gens qui sont dans des situations précaires, qui sont coincés, qui réalisent bien qu’ils sont envoyés comme de la chair à canon, et en même temps, voilà, ils sont dans de sales conditions. Par exemple, ces CDD d’un mois, j’ai des collègues qui sont en recherche d’appart, c’est pas possible. Pas possible avec des CDD d’un mois. Les proprios leur disent de revenir quand ils auront un CDI. Donc ceux-là, ben voilà, ils viennent bosser.

Et du coup, est-ce que tu sais, par rapport aux différents aménagements qu’il y a eu au niveau des bureaux, si ça change quelque chose pour le salaire des facteurs ?

Non, normalement on est sur du 100%. Alors, je n’ai pas eu la feuille, mais les 3 jours sont censées faire 21 heures. Alors là, c’est pareil. Il y a des bureaux où quand les gens ont fini leur tournée ils peuvent rentrer chez eux. Ce qui est plus intelligent en ce moment. Et après il y a toujours des p’tits chefaillons à la con qui obligent des personnes à rester ensemble dans une pièce jusqu’à ce que soit l’heure.

Donc c’est ça ce truc concernant l’inspection du travail ? Cette exigence de ne partir que quand tu as le droit. Pas quand tu as fini ton travail.

Avant c’était comme ça le métier de facteur, quand tu avais fini, tu rentrais chez toi. Depuis il y a eu des changements de statuts et ils sont à cheval sur le respect des horaires. Enfin, à cheval pour partir, moins pour les heures sup’. Là, c’est un autre problème. Faut quand même batailler pour se les faire payer. Mais en ce moment avec les conditions sanitaires, c’est complètement con de garder des gens alors qu’ils ont fini de taffer. D’autant plus qu’il y a trop de gens dans les bureaux pour que ce soit possible de garder les distances. En plus, j’ai vu une note RH sur le nettoyage, la désinfection des bureaux, des véhicules. Il n’y a rien qui est fait. Je vois en ce moment, la femme de ménage qui est nouvelle, je pense que les autres se sont mis en arrêt, donc elle vient d’une boîte privée, elle est là en même temps que nous. Ça veut dire une personne de plus. Elle, elle galère plus pour bosser et elle ne peut rien faire d’efficace. Il n’y a rien qui est fait. Ça n’est jamais nettoyé, ils n’ont rien fait.

L’essentiel c’est de maintenir les apparences quoi ?

Oui oui c’est tout. De toute façon pour que vraiment on puisse garder les distances faudrait qu’ils poussent les « meubles », qu’ils réaménagent le bureau.

Je pensais qu’ils avaient fait ça en fait.

Ils auraient dû le faire. En plus, ce qui est insupportable, c’est que depuis quelques années, par rapport aux accidents de travail et la sécurité, mais c’est du matraquage tous les jours. Il y a des papiers partout. Qu’il faut se tenir les deux mains aux rampes pour monter un escalier, qu’il faut faire attention à ceci. Ils nous ont mis du scotch par terre pour montrer où c’était plus sécure de circuler. C’est obsessionnel. Mais là, tout à coup, whaou, c’est le grand lâchage. Là, ils sont beaucoup moins exigeants. Ça fait un sacré décalage.

Tu m’avais envoyé une petite note où justement le directeur de la poste parlait d’une réorganisation vis-à-vis de la baisse de trafic du courrier. Est-ce que tu sais quelle forme ça va prendre ? Peut-être une réorganisation exceptionnelle liée au Covid, comme ils l’appellent ?

Bon, en fait ce qui se passe, c’est qu’ils ont mis en place la distribution sur 3 jours . Bon, ils improvisent, à chaque fois. Et tout le monde leur est tombé dessus. Donc là, ils vont voir à nouveau. Ils l’annoncent pour la semaine prochaine sauf qu’il y a certains collègues qui n’ont encore entendu parler de rien. Donc là aussi, ça va se faire au fur à mesure, pas tout le monde de la même façon. En tous cas, ils vont s’arranger pour qu’il y ait une distribution sur 5 jours au moins, plutôt que 3. Hier, 23 mars, Walh, PDG de la poste, était convoqué à Matignon, il y a eu la campagne des patrons de presse. Des patrons, hein ! J’ai vu un tract « journalistes de Sud » qui disait que l’on avait les mêmes patrons juste préoccupés par le chiffre d’affaire alors qu’on pourrait très bien ne pas bosser, il n’y a rien de vital. Des maires aussi, par rapport à la fermeture de bureaux de poste en zone rurale. Donc ils vont aussi rouvrir des bureaux en zone rurale. Dans les quartiers aussi. Voilà, ils essaient des trucs, on leur tombe dessus, ils vont changer quelque chose. Les postiers vont peut-être gueuler, ils changeront à nouveau si ils sont trop à gueuler. Enfin voilà.

Et pour toi, leur objectif c’est d’essayer de trouver la meilleure façon de reprendre le travail normalement quoi ? Remettre les facteurs au travail ?

Le truc c’est de nous mettre au travail, ça c’est clair. En même temps, c’est vrai qu’il y a moins de taf. Même un peu sur les colis.

Tu crois que ça va être massif le non renouvellement des CDD ?

Et bien j’attends des infos d’un pote. Je n’ai pas encore de retour. Un moment je me disais ils ne vont pas les virer car il y aura du taf quand ça va repartir. Là, ils peuvent la jouer, on vire les CDD et on fait travailler plus les CDI. Ou ils les utilisent pour la presse. J’attends des retours, je ne sais pas ce que ça peut donner.

[A la suite de l’interview, Sylvie apprend que 2 CDD ne sont pas renouvelés sur le bureau d’un pote à elle. Et un sûr, peut-être 3 CDD renouvelés pour seulement 15 jours dans son bureau.]

Et toi ? Normalement tu vas rester arrêtée le plus longtemps possible ?

La semaine prochaine je reprends. Je vais aller voir ce que ça donne.

Est-ce que tu vois des perspectives de lutte ? Dans le temps présent ?

Pas dans mon bureau. Après, je sais qu’à la PIC il y a des grévistes. D’ailleurs il y a un collègue qui s’est fait carrément…il ne peut plus rentrer dans la PIC. Il est carrément interdit quoi.

Il est censé travailler là-bas, on est d’accord ?

Il est censé travailler là-bas, je ne sais pas comment ils vont…..bon, c’est un mec qui est syndiqué, je pense qu’il y aura du soutien. Moi je suis en contact avec lui. Bon, les droits de retrait ont tous été mis en Absence Irrégulière [AI]. Sud a déposé un référé là-dessus, entre autres. Ils demandent également un bilan sanitaire. Ils ont fait un référé pour plusieurs choses. A partir du moment où il ne peut plus rentrer dans l’établissement, c’est une suspension. Normalement, une suspension, il y a une procédure. Tu passes devant un bureau, tu as le temps de t’expliquer, ça ne se fait pas comme ça, du jour au lendemain.

Tu penses qu’ils vont pouvoir se débrouiller avec cette histoire d’état d’urgence sanitaire ?

Ils vont le tenter parce que rien ne les effraie mais enfin, interdire l’accès à un mec et faire rentrer tous les autres, c’est un peu difficilement défendable. Ou alors, ils interdisent toute une équipe éventuellement.

Toi tu dis que les droits de retrait sont jugés irréguliers. Du coup, est-ce que tu as eu des conséquences sur ta paie ?

Ben on va voir, parce que AI, normalement t’es pas payé. Ça va être compliqué de faire un truc global, dans la mesure où les droits de retraits s’appuient sur les conditions d’hygiène et que chaque bureau va être un cas particulier. Donc je pense que s’ils ne paient pas ou des choses comme ça, ça va se faire au cas par cas. Globalement, ils vont dire que tous les bureaux ne sont pas les mêmes, ce qui est vrai, et donc que les conditions de sécurité ne peuvent pas être uniformes. A priori ça va être ça. Après, on va voir, les paiements s’effectuent le 20 du mois, mais là c’est marqué en AI. C’est suivi par SUD au moins.

Et la PIC, c’est un peu particulier parce que c’est plus du taf d’usine, tu as eu vent de la réorganisation, des changements, au niveau des lignes ?

Eux aussi sont passés sur 3 jours. Je ne comprenais pas cette histoire de 3 jours parce que je me doutais bien que la presse allait tomber sur la poste. Un pote m’a dit que c’était certainement parce que c’était compliqué de faire du un jour sur deux en PIC. C’est faisable, hein, mais c’est pas les rois du planning.

Sur les lignes… ?

Diviser les équipes, comme c’est du taf sur machines, supprimer des postes sur machine, ça doit être compliqué. Donc pas de division d’équipe, je crois. Après ce que m’a dit le pote c’est qu’il n’ont aucun matos de protection. Après sur le site, les absences fluctuent, mais ils étaient à peu près 1/3 à être absents d’une manière ou d’une autre. Et il y a des grévistes à la PIC. Mais bon, de toute façon, on les met à la porte.

C’est ça, ils peuvent plus rentrer…

Ce qu’il y a à la PIC, c’est qu’ils tiennent des AG. Pas forcément tous les jours, mais s’il y a besoin ou une annonce du gouvernement. Donc, on les a poussé dehors, on leur a dit que c’était plus possible de les tenir dedans. Ils les tiennent dehors.

C’est comme ça qu’ils ont commencé, jusqu’à désactiver les badges.

Et tu penses que quand ce confinement va se terminer, tu penses que les gens seront remontés contre la direction de la poste ? Qu’ils engageraient des luttes ? Ou pour l’instant, tu vois pas trop…

Je suis assez pessimiste de ce côté là sur mon bureau, et même sur les trois de la plaque. Après, si effectivement ils ne paient pas les droits de retrait, il y aura une réaction là-dessus. Après les luttes à la poste, les syndicats sont vachement là, surtout la CGT, donc c’est pas terrible terrible.

Est-ce qu’il y a encore des gens en droits de retrait maintenant ?

Dans mon bureau, je ne pense pas. Mais je n’y était pas cette semaine. J’ai pas eu d’écho comme quoi il y en avait encore. Après, il y a quand même des absences. Il y a les parents d’enfants, des arrêts maladie [AM], donc il y a quand même des absents.

La maladie, c’est aussi une façon de résister.

Oui, bien sûr. Après dans les AM [arrêts maladie], il y a forcément des gens qui bénéficient de l’AM pour personnes sensibles, j’imagine qu’il y en a. Mais c’est aussi une manière d’arrêter le travail. Après, ça ne peut pas durer très longtemps. J’ai une collègue CDI intérim qui voulait faire ça. Son toubib lui a dit qu’ils étaient bien surveillés, que ça pouvait être une semaine mais pas x temps.

Oui, de toute façon, ils avaient prévu le coup. On sait qu’ils sont particulièrement tâtillons sur les AM ces derniers temps…

Ben forcément. Je pense qu’au niveau des absences ça s’est stabilisé. Et je ne crois pas trop au conflit tardif. Après ça peut arriver dans certains bureaux où au bout d’un moment il y a un ras-le-bol. Je vois, dans mon bureau, c’est plutôt l’acceptation, voire la rigolade, ou alors les gens sont un peu minés et ils parlent moins. En fait, ceux qui réagissent le plus sont les CDD qui ont moins de marge de manœuvre.

Est-ce que tu as eu vent de collègues qui auraient été infectés par le Covid ?

Je n’ai pas beaucoup d’infos mais apparemment il y aurait eu quelque chose sur un des bureaux de la plaque. Sur mon bureau rien. De toute façon, c’est du grand n’importe quoi, parce que ils ne veulent rien faire passer comme info. Alors ils opposent le droit à la confidentialité.

Le secret médical ?

Voilà. Et après, la manière dont ça se passe quand il y a un cas, c’est pareil, tu vas peut-être avoir un bureau avec un receveur (DE) qui va dire on ferme, mais il ne doit pas y en avoir beaucoup. Sinon, je sais qu’il y a eu un cas avéré sur un site, sur la PIC, des agents sont partis. Un cadre a dit ceux qui veulent partir, vous pouvez, et puis voilà, les autres ont continué de bosser. De toute façon c’est étouffé, et au mieux ils vont fermer le bureau un jour, dire qu’ils désinfectent, et voilà, ils prennent les choses très à la légère.

Les receveurs ont quand même une marge, donc ça peut aussi réagir en fonction des personnes et c’est toujours pareil, de la pression des facteurs. C’est toujours le rapport de force qui va faire bouger.

Sur le service aux personnes âgées, justement, il est suspendu celui-là quand même?

Non non non. Alors, ils ont trouvé, je ne sais plus quel était le dernier truc, ce n’était pas suspendu, mais ça devait être fait autrement.

Sans contacts ?

Ben peut-être. Du coup je pense que c’est un coup de fil. Ce que peut faire n’importe qui, pas besoin d’être facteur. Alors un moment j’ai été étonnée, ils le faisaient gratuitement. Je crois que c’est gratuit en ce moment, mais je ne suis pas sûre sûre. Oui, par exemple, nous, les lettres recommandées, ça a été fait, on n’y va plus. La personne qui en reçoit a la possibilité de demander par SMS, je suppose qu’elle fait une signature virtuelle par internet, qu’on lui distribue son recommandé le lendemain. Et après il y a des trucs, c’est du bricolage. A un moment, les paquets avec signature, fallait contacter la personne, déjà faut l’appeler, faut pouvoir, lui demander si elle était ok pour qu’on signe à sa place. Ce qui est totalement illégal. Il y a quand même des facteurs qui se sont fait virer pour ce genre de trucs avant. Donc moi, quand on m’a dit ça, j’ai fait remarquer que c’était illégal, j’ai quand même demandé si on pouvait avoir une note écrite. Là, c’est quand même un peu drôle donc je vais le dire. On m’a demandé, dans ces conditions particulières de faire un peu confiance à ma direction. Là, j’ai quand même répliqué que justement je n’avais aucune confiance. Du coup, ça s’est terminé par « tu fais ce que tu veux ». Et bien je vais faire comme ça. Donc ça bricole. Tout d’un coup les règles où avant on pouvait te virer, ben maintenant tu t’assoies dessus parce qu’ils ne sont pas capables de réfléchir. Qu’ils n’ont pas anticipé comment régler ce problème. Donc, si toi tu prends des risques….

Bon, je pense qu’on a fait un bon p’tit tour de la poste sous Covid, qui n’était pas prête, quoi ?

Ah ben franchement, je ne suis pas la seule à le dire, mais quand tu vois la poste, et quand on est en France, les mecs qui sont censée diriger l’truc, c’est calqué. Ils sont incompétents, ils naviguent à vue, ils anticipent que dalle.

Ça change vraiment toutes les semaines. C’est vachement difficile de se projeter…

Ah oui oui oui. Face à ce Covid, c’est hallucinant comme ils sont nuls. Ils n’ont rien anticipé. Enfin, ils espéraient qu’on allait bosser. On sent bien que le confinement, au niveau national…ce qu’il fallait que ça continue de tourner. Ben là c’est pareil. Ils se sont dit que ça allait peut-être passer.

Et toi tu avais pu remarquer une baisse du trafic courrier?

Ben oui forcément. Déjà sur Toulouse, quand c’est les vacances, que tu n’as plus toute l’Éducation, ça baisse. Avec toutes les boîtes qui sont fermées, forcément ça baisse. A un moment, beaucoup de colis de Chine ont été bloqués.

Et tu as des nouvelles par exemple de DPD qui est une filiale de la poste, ou de ces sous-traitants ?

Je sais que Médiapost était arrêté. DPD, je sais pas.

De toute façon, tout ce qui est colis, c’est la jungle. Déjà Coliposte, c’est des conditions de merde. Après il y a la sous-traitance, avec des contrats…enfin c’est vraiment l’horreur, c’est n’importe quoi. Des heures pas payées. Le colis, on est au top.

C’est clair. Avec des plateformes un peu ubérisées, avec les types qui s’inscrivent avec leurs propres véhicules, qui embauchent ou pas …

Oui, mais là c’est vrai que je connais moins. Aussi au niveau de la distribution, avec des types qui dorment dans leurs propres bagnoles, pas payés, sans contrat …

Pour terminer sur la poste, est-ce que déjà aujourd’hui, tu vois des dispositifs que pourrait mettre en place la poste maintenant, qui leur serviraient plus tard pour continuer à dégrader vos conditions de travail ?

Par rapport à la situation actuelle, là comme ça je vois pas. De toute façon, il ne va pas y avoir de télétravail. Non parce que finalement, ils n’ont pas changé grand-chose. A part les plannings.

De toute façon, ils ont les réorganisations tous les deux ans pour faire ça. Pour mettre en place ce qu’ils mettent en place actuellement, comme la distribution en îlots par exemple. La crise sanitaire, je ne vois pas ce qu’elle leur amène de ce côté-là. Tu me prends de court. Tout ce qui est distribution, livraison, à part le flicage, mais étant donné qu’on a un logiciel intégré au smartphone, c’est déjà prêt.

[1] Retrouvez ici un fascicule produit par le collectif Classe il y a deux ans au sujet des réorganisations à la Poste : http://www.classeenlutte.org/2018/03/01/contre-les-reorganisations-a-la-poste-autodefense/

[2] http://www.leparisien.fr/hauts-de-seine-92/les-grevistes-des-hauts-de-seine-envahissent-le-siege-de-la-poste-30-05-2019-8083116.php