BRAS DE FER À LA POSTE

Depuis le 9 janvier, un mouvement de grève reconductible est suivi par environ 80% des facteurs de Rennes et alentours. Cela fait donc 4 mois que la lutte a commencé et la porte de sortie du conflit n’est pas encore en vue. Cet affrontement a commencé suite à la proposition d’un nouveau type de réorganisation 1 que la direction de la Poste essaie d’imposer un peu partout en France depuis un moment. Au programme pause méridienne (repas) et tournée dite « sacoche » (tournée pré-triée permettant une division des tâches entre facteur-trieurs et facteurs-distributeurs qui passent toute la vacation seuls dans la rue). Ce sont les dernières trouvailles des directions nationales et locales pour augmenter l’exploitation des facteurs.

Grâce aux AG quotidiennes réunissant les différents bureaux, les grévistes de Rennes ont pu dès le début du conflit casser la stratégie qui consiste à isoler les travailleurs des centres courriers dans leur bureau. Cette grève est de ce point de vue exemplaire et doit nous inspirer où que nous travaillions. Partis d’un bureau, les grévistes ont immédiatement mis en pratique l’élargissement du conflit, en allant chercher en cortège les bureaux voisins, puis en allant manifester avec d’autres bureaux du département et enfin en lançant un appel national à la grève 2 . De plus leur grève est visible et active. De la présence quotidienne devant les bureaux, elle va jusqu’aux multiples actions en passant par des interventions dans les quartiers ouvriers afin d’expliquer leur démarche. Depuis le début de ce mouvement la Poste n’a eu de cesse d’essayer de casser la grève, par des moyens très divers… mais pour l’instant sans succès ! Ils ont commencé par ouvrir des centres de tri parallèles en employant des intérimaires, pour essayer de distribuer un maximum de courrier en retard. Les syndicats ont même découvert un corps de ferme aménagé en centre de tri dans lequel ce n’était pas des intérimaires qui taffaient cette fois, mais des cadres ! Et ça ne s’arrête pas là, le 15 février un piquet de grève est attaqué par la police à la demande de la direction. Les palettes sont dégagées à coups de tonfas, permettant ainsi aux tournées « entreprises » d’être réalisées. Les facteurs ont cependant maintenus le blocage des tournées « particuliers ».

Après l’échec de cette opération policière, la Poste assigne 35 facteurs grévistes devant la justice les accusant d’« occupation illégale du site », classique attaque patronale contre la grève. Les différentes requêtes de La Poste ont été rejetées par la justice faute d’identification des auteurs, malgré les tentatives répétées de la direction. La Poste sera même condamnée à verser 2500 euros de dommages et intérêts au syndicat SUD PTT. Si on ne doit rien attendre de la justice dans nos luttes, c’est le genre de petits événements qui font sourire. Ces attaques n’ont eu pour effet que de renforcer la détermination des grévistes et d’étendre la mobilisation. En effet, le 20 mars, lors d’un rassemblement à Rennes, il n’y avait pas moins de 200 facteurs en grève provenant de 16 bureaux différents. Diverses actions, tel que le blocage de la PIC (Plateforme Industrielle Courrier) et donc d’une bonne partie du courrier de la région, se sont depuis succédé. Un collectif coordonné avec des personnes extérieures est né sur la ville.

A ce jour, les grévistes n’ont toujours pas repris le travail (soutenu par une caisse de grève locale qui marche très bien). Les foyers de grève à la Poste se multiplient sur toute la France (Marseille, Bordeaux, Caen etc.). À la Poste comme ailleurs, l’autodéfense des travailleurs en lutte doit se propager…

1) Pour comprendre ce qu’est une « réorg » à la Poste et les enjeux de ces restructurations de l’entreprise et du métier de facteur vous pouvez consulter le 4 pages que nous avons distribué sur les différents bureaux de poste de la ville sur www.classeenlutte.org

2) « A la poste la grève s’étend » consultable également sur www.classeenlutte.org