Soyons sanguins!

Retour sur la lutte des ouvriers et ouvrières du transport/prélèvement 801 de l’hôpital Purpan.

Manque d’effectifs, conditions de travail qui ne cessent de se dégrader, coupes budgétaires, heures supplémentaire non payées, répression hiérarchique omniprésente, suicides à répétition etc. c’est le quotidien des travailleurs et travailleuses du secteur du soin. Dans les hôpitaux, il n’y a clairement pas que les patients qui saignent…

Ce quotidien c’est aussi celui du combat permanent par le personnel soignant comme en témoigne le nombre de grèves un peu partout en France dans les hôpitaux, cliniques, EHPAD etc. Rien qu’à Toulouse ces derniers mois on peut citer : la grève du personnel du bloc opératoire enfants en mai dernier, celle du personnel des crèches en juin dernier, la grève des agents de la stérilisation en juillet, celle du service de pédopsychiatrie de la villa Ancely en décembre, la grève (aujourd’hui encore en cours) des agents du transport-prélèvement 801 ou encore celle des agents du Pôle médecine et traumatologie à l’hôpital Pierre Paul Riquet. En octobre dernier, dans le cadre de la cartographie sociale de la ville , le collectif CLASSE se rendait dans les différents hôpitaux toulousains, pour recueillir les témoignages du personnel et échanger sur les possibilités d’auto-défense, de luttes et de liaison face aux attaques patronales en cours ou en prévision.

La grève du personnel du service transport prélèvement 801, débutée le 16 octobre 2017, résume bien l’ambiance. Du personnel non remplacé, la mise en compétition avec une boite privée1, des primes inexistantes ou diminuées, des conditions de travail toujours plus dégradées, des salaires « gelés »… Il n’en fallait pas plus pour que le ras-le-bol éclate dans ce service. Le 16 octobre dernier, 19 des 35 agents décident alors de se mettre en grève illimitée en demandant notamment la revalorisation de leur statut, la mise en place d’un cahier de clémence2 et le renforcement de l’effectif. Pour rappel, ces travailleurs transportent différents produits sanguins et autres (chimiothérapie, traitements de substitution, etc.) entre les différents hôpitaux et structures de soin toulousains, des produits vitaux de valeur (par exemple une poche de sang vaut entre 300 et 500 €). Malgré la sensibilité des produits transportés et la responsabilité qui incombe aux transporteurs, ceux-ci ne bénéficient quasiment d’aucune prime. Considérés comme agents de catégorie C de la fonction publique hospitalière, ils sont plafonnés aux alentours des 1300 euros mensuels sans aucun espoir d’évolution, au même titre que les collègues ambulanciers. Aujourd’hui à plus de trois mois de grève et un effectif de grévistes un peu plus réduit (15 agents encore en grève), on ne peut que saluer leur détermination3 face à une direction qui regorge de ressources pour toujours plus bloquer et désolidariser.

Par exemple, en plus de faire appel à une boite privée pour remplacer les grévistes, les heures non réalisées par le personnel gréviste sont aujourd’hui proposées aux non-grévistes. C’est ici que l’on voit combien l’unanimité dans une grève est importante. Et si certains ne participent pas à la lutte, la moindre des choses serait de ne pas la casser, de ne pas faire les heures supplémentaires proposées.

Un autre souci de taille, c’est le caractère urgent de leur mission, que l’on retrouve dans tout l’hôpital. Durcir la grève, être intransigeants avec les collègues non-grévistes, empêcher la société privée de travailler, ça implique de perturber le transport du sang et les conséquences qui vont avec. Bien sûr, la seule fautive sera la direction, mais on ne peut pas prendre ces questionnements à la légère.

Nous avons aussi pu constater que malgré leur combativité certaine, les luttes menées restent malheureusement très souvent isolées, sectorisées. Cet isolement peut s’expliquer par différents facteurs comme le manque de diffusion, une volonté de dialogue avec l’Etat stérilisante4, la spécialisation syndicale trop restreinte, la répression patronale toujours plus forte. En décembre dernier, les transporteurs 801 de Purpan ont allié leur lutte à celle du service de pédopsychiatrie de la villa Ancely. Cet exemple de jonction réalisé par le réseau CGT reste relativement rare, alors que les mécontentements sont toujours les mêmes.

Ça bouillonne dans tous les hôpitaux, plusieurs services tentent de synchroniser leurs mouvements. La grève qui marche bien, c’est la grève de gratuité, mais cette grève implique une cohésion entre tous les services. Cette modalité de lutte, souvent pratiquée il y a quelques décennies, a pratiquement disparu alors que l’argent ne cesse de définir de plus en plus le fonctionnement de l’hôpital. Pour cela, les travailleurs et travailleuses de l’hôpital auront besoin d’une solidarité sans faille de la part d’autres prolétaires en lutte, bien au-delà du réseau syndical.


Notes:

1. Depuis maintenant quelques temps, l’hôpital fait appel à une boite privée (France Colis Santé) qui petit à petit s’octroie les missions auparavant destinées aux agents du 801. D’abord sous une forme spécialisée (transport des foetus, transport frigorifique), missions pour lesquelles les travailleurs auraient dû bénéficier de primes spécifiques. Par la suite ces missions sont devenues plus habituelles, couvrant l’ensemble du champ de compétences des agents du 801, jusqu’à venir contrecarrer la grève à ses débuts.
2. Cahier de préfecture ayant pour objectif de ne pas imputer aux agents les infractions routières commises dans le cadre d’urgences vitales. En effet, les transporteurs doivent payer leurs contraventions et se voient retirer des points sur leur permis s’ils commettent des infractions routières. Pourtant, sans ce travail, ils n’auraient aucune raison de commettre ces infractions.
3. D’autant plus que parmi ces grévistes figurent aussi des CDD (c’est-à-dire des non titularisés) qui, en se mettant en grève savent bien qu’ils y risquent leur poste.
4. Ou de dialogue avec la direction qui bien souvent oblige les personnes en lutte à parler la langue du patronat. Comme le souligne un gréviste de Purpan : « Nous en sommes parfois réduits à devoir proposer à leur place des solutions en conséquence, à faire leur boulot.»