Loi Travail, un an après

Il y a un an déjà se tenaient les premières manifs contre la Loi Travail. Cette Loi Travail, c’est un ensemble de mesures, présentées par la ministre du travail, Myriam El Khomri. Et qui touchent un peu tout le monde, les salariés, dans les grandes comme les petites et moyennes entreprises, les apprentis, les chômeurs… C’est surtout la pire attaque depuis plusieurs années, contre les salariés.

L’esprit de la loi, c’est tout simplement d’empirer notre situation : ni plus ni moins qu’une légalisation des pratiques patronales abusives (heures sup’ non payées, licenciements abusifs…), le tout via un simple accord d’entreprise. Il s’agit aussi d’affaiblir le pouvoir de résistance des syndicats, notamment en faisant monter la pression sur ceux qui refuseraient de signer ces accords d’entreprises.

Cette loi est passée, mais pas sans combat.

Du mois de mars au mois de juillet 2016, nous sommes descendus dans la rue, notamment lors des 12 journées de mobilisation qui se sont succédé. Certains d’entre nous galéraient à faire grève, d’autres la faisaient, mais celles-ci étaient la plupart du temps bien cadrées. Nous étions sur les blocages, les actions, qui malgré tous nos efforts, sont souvent restés symboliques. Les précaires, intérimaires, chômeurs et chômeuses sont restés à la marge de la mobilisation. Tout cela formait les limites d’une lutte qui, comme chacun le sait, fut perdue. Ce qui est sûr, c’est qu’il y avait une aspiration.

Une aspiration à faire monter cette mobilisation, la voir prendre de l’ampleur, par tous les moyens. Le tout alimenté par un profond refus de cet avenir de précarité et de misère qu’on nous propose à tous et toutes, de notre condition sociale d’exploités à laquelle cette Loi Travail nous renvoyait une fois de plus.

Confronté à ces limites, suivant ainsi une ligne de moindre résistance, comme un cours d’eau se jette dans la première mare qu’il croise, le mouvement s’est engouffré dans « Nuit Debout ». Sur les places publiques, il s’agissait de témoigner de sa situation, de parler, mais pas plus de trois minutes ! Et aussi de beaucoup voter, pour tout et n’importe quoi. On y parlait moins de grève et de rapport de force que d’happening et de citoyenneté. Nous y venions surtout pour en partir, par exemple en manif sauvage.

C’est d’ailleurs une manif sauvage qui à Toulouse marque la relance du mouvement, un certain 10 mai dernier. Avec ce coup de boost salutaire, nous sommes repartis de plus belle, notamment en constituant des espaces d’auto- organisation, à la base.

Les assemblées comme 31 en lutte ont permis de s’organiser horizontalement.

De mener des actions, d’aller capter des camarades, d’organiser la solidarité. Ainsi, on s’est retrouvé à plus nombreux et nombreuses pour organiser des blocages. On a diffusé des dizaines de milliers de tracts, en directions des galériens et galériennes, secteurs par secteurs, depuis les salariées des boutiques du centre-ville en passant par l’hôpital, la Poste, mais aussi en s’adressant particulièrement aux femmes travailleuses.

Pour mettre en pratique la solidarité de classe, nous sommes aussi allés apporter notre soutien à des camarades de la poste menacés de licenciement, ou contre la restructuration de l’hôpital.

La solidarité concrète, c’est aussi ne pas lâcher celles et ceux en butte à la répression, en collectant des sous, en tentant de poser la question de se défendre face à la justice.

Ces initiatives ont eu lieu à Toulouse, mais aussi dans d’autres villes en France. Ce n’est pas ici qu’on va faire une liste exhaustive, mais on peut citer pêle-mêle le cortège de tête à Paris ou se sont retrouvés des milliers de participants, mais aussi la défense collective de Rennes, avec pour mot d’ordre d’organiser la lutte et la solidarité aussi bien dans la rue que face au tribunal le cas échéant. Au-delà de l’anecdote, ce que ces tentatives avaient en commun, c’est justement ce que nous tentons de continuer aujourd’hui : construire notre solidarité, notre auto-défense de classe.

La Loi Travail est passée, mais nous ne sommes qu’au début de l’offensive patronale. Elle va continuer dans les prochains mois et années, notamment en attaquant nos conditions de travail et nos salaires entreprise par entreprise. Cette offensive ne pourra réussir qu’en comptant sur notre résignation et notre isolement. Et il ne s’agit pas que des salariés, comme nous l’écrivions dans le texte d’appel du collectif, c’est toute une classe qui est de plus en plus attaquée à travers la précarité, les radiations à Pôle Emploi, les dossiers CAF bloqués, les difficultés de logement, l’accès au soin… la liste est longue.

Les mêmes raisons qui nous avaient poussés à lutter contre la loi travail nous poussent aujourd’hui à continuer.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *