Les femmes de ménage font bouffer la poussière aux patrons

À Marseille, depuis le printemps 2016, les grèves se multiplient dans les services de nettoyage de différents hôtels (B&B de la Joliette, Villa Massilia, Appart’city, Intercontinental, Radisson Blu, suites Novotel), où les services de nettoyage sont confiés à des boites de sous-traitance.

Le recours à cette sous-traitance permet aux patrons de réaliser plus de profits et de diviser les salariées entre celles qui travaillent directement pour l’établissement et celles qui bossent pour la boite de sous-traitance. Ces dernières ont des salaires moins élevés, ne bénéficient pas du « statut collectif de l’hôtelier », donc des primes, d’un  13ème mois et/ou d’autres indemnités.

Ces femmes travaillaient dans des conditions de précarité et de flexibilité qui n’ont pas attendu la promulgation de la Loi Travail pour exister : la plupart étaient payées à la tâche, c’est-à-dire à la chambre, pour un salaire au final 20% minimum en deçà du SMIC (1) ; avec des jours de repos ne respectant pas la législation ; des horaires changeants et éclatés dans la journée et dans la semaine – soit un temps partiel subi, qui les empêche de cumuler ce taff avec d’autres jobs d’appoint.
Les salariées, pour certaines syndiquées à la CNT-SO, ont donc décidé de se mettre en grève. Les conflits ont duré entre 2 et 17 jours, avec des grèves, la mise en place de piquet de grève devant les hôtels, le réveil des clients au clairon… Au final, les employées ont obtenu que leur travail soit payé à l’heure et plus à la tâche, que les plannings soient annoncés 7 jours à l’avance et la revalorisation de leur qualification, donc de leur rémunération. Enfin, et ce n’est pas négligeable, l’ensemble des jours de grèves leur a été payé, en partie par les patrons et par une caisse de grève !

Grèves déterminées & solidarité

Ainsi c’est en premier lieu des grèves déterminées, mais aussi l’existence d’une solidarité extérieure (présence de soutien sur les piquets et participation à la caisse de grève) qui ont permis de gagner des améliorations substantielles du quotidien au travail. Et la première victoire à la Villa Massilia en a engagé de nouvelles dans plusieurs boites sur la ville.

On a choisi de parler de Marseille parce que le mouvement a fait tache d’huile, mais on aurait pu tout aussi bien mentionner la grève des services de nettoyage de l’aéroport de Barcelone qui ont recouvert ce dernier d’une montagne de déchets, de la grève au Sofitel à Paris, à la gare d’Austerlitz… Et la cloche n’a toujours pas sonné dans les palaces !

(1) À la Villa Massilia le salaire était d’1,5 euro par chambre, sachant qu’au maximum il est possible de nettoyer 4 chambres en 1h, on tombe sur un salaire de 6 € net de l’heure (taux horaire du SMIC = 7,58 net)

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